le pachaSi l'on connaît Serge Gainsbourg comme auteur/compositeur/interprète incontournable de la chanson française, il ne faut pas oublier qu'il fut également musicien de cinéma, pour le grand comme pour le petit écran. Stéphane Lerouge, concepteur et réalisateur de la collection "Ecoutez le Cinéma" a eu la bonne idée de regrouper trois partitions ayant pour dénominateur commun la collaboration entre le grand Serge et Michel Colombier. Car si l'homme à la tête de chou avait des idées plein la tête, il ne connaissait pas bien les spécificités du langage orchestral et le recours à un confrère compositeur/arrangeur s'avérait dès lors indispensable. Bien que seul le crédit "Musique de Serge Gainsbourg" figure aux génériques des films auxquels il a collaboré, les musiques signées Gainsbourg sont bien des oeuvres à quatre mains.

On passera rapidement sur COMMENT TROUVEZ-VOUS MA SOEUR? (1963) qui clôt le programme et marque la première collaboration sur un film entre Gainsbourg et Colombier. Passée une sympathique chanson titre, le reste de la partition propose toute une série de morceaux dansants plutôt bien troussés mais également fort datés.

 

gainsbourgLe temps fort de l'album, c'est bien évidemment LE PACHA placé en ouverture de programme et démarre sur les chapeaux de roue avec le méchamment addictif "Requiem Pour Un Con", titre scandé par un Gainsbourg dont l'implication au chant imprime durablement voire définitivement l'audition et où le déploiement des percussions soutenant un riff obsessionnel n'arrange rien à l'affaire, pour un pur plaisir musical. La chanson, interprétée en situation dans le film ainsi qu'au générique de début, dessine la trame des compositions purement instrumentales. Ici, pas d'orchestre symphonique mais un effectif de percussions allant flirter avec la cithare dans les deux versions du psychédélique "Psychasténie" (voir l'institution Gabin évoluer en boîte de nuit sur les rythmes alors novateurs du créatif Gainsbourg constitue encore aujourd'hui un grand moment du cinéma hexagonal), ou se mettant en ordre de bataille pour une battucada à la mécanique glaciale dont le crescendo maîtrisé constitue un véritable tour de force rythmique. A l'écran, l'effet est garanti sur les séquences de suspense. A cela, s'ajoutent une mélodie de piano bar rappelant que Gabin fut et restera l'un des acteurs incontournables du cinéma français, des variations sur les rythmes du "Requiem" ainsi qu'une courte reprise mélodique de ce dernier par un orgue pesant et hivernal. D'une concision exemplaire et d'une richesse instrumentale insoupçonnée, la musique du PACHA bénéficie désormais d'une remasterisation de grande qualité effectuée à partir de bandes master que l'on pensait perdues à tout jamais. Une raison de plus pour ne pas bouder son plaisir!

vidocqL'album contient également de larges extraits de la musique de la première série télévisée VIDOCQ. La partie immergée de cette oeuvre, c'est la fameuse "Chanson du Forçat" où Gainsbourg accompagné d'une seule guitare devient un chanteur de musique folk d'inspiration dylanienne militant pour la conquête de la liberté. Moins connue, une variation pour chant a cappella contenant des couplets différents confirme si besoin en était toutes les qualités d'écriture et d'interprétation de leur auteur. Mais VIDOCQ, ce sont également plusieurs compositions instrumentales pour orchestre à cordes et bois dévoilant un Gainsbourg léger et doux-amer, plus caché du grand public, mais tout aussi pertinent dans sa démarche à l'image. C'est également dans ce genre de morceaux que la collaboration avec Michel Colombier s'exprime le plus: pour la décrire, ce dernier disait que le grand Serge dessinait un cadre auquel il ajoutait les couleurs, ou comment définir un travail musical complémentaire et parfaitement équilibré.

En résumé, voilà un album fort bien pensé, pétri de musique créative conjuguant les talents de deux musiciens ayant grandement contribué à la qualité de la musique de films made in France.

Raphaël TCHELEBI