Thelma & LouiseLa parution chez Kritzerland de la musique de Hans Zimmer pour THELMA & LOUISE relève un peu du rêve de cancre. Rappel des faits: le film de Ridley Scott sort en 1991 et récolte un succès tant public que critique. Malheureusement, l'album vendu comme bande originale propose une large sélection de chansons mais fait quasiment l'impasse sur le travail de Zimmer. Seule une très courte suite de 4 minutes ("Thunderbird") est proposée en bonus sur le cd. Et il aura donc fallu attendre 20 ans pour qu'enfin, un album intégralement consacré à la musique originale voit officiellement le jour (sachant que la partition est depuis longtemps disponible officieusement).

Un rêve pour le fan de Hans Zimmer et/ou de la musique, néanmoins grandement tempéré par le fait que le cd n'est limité qu'à 1200 copies, dont la plupart sont déjà vendues à l'heure où est écrite cette chronique. A peine sortie des limbes, la musique du compositeur germanique y sera retournée tout aussi vite! Incompréhensible de la part de l'éditeur qui savait aussi bien que tout le monde que la réputation du film et de son compositeur allait attirer les amateurs... Espérons une prochaine réédition en plus grand nombre chez un autre label (cela arrive plus souvent que l'on ne croit)!

Quoi qu'il en soit, pas question, malgré le côté limité de la galette, de bouder notre plaisir devant ce qui restera comme l'une des meilleures musiques de Hans Zimmer! Car si les chansons égrènent quelque peu les péripéties des deux héroïnes, les sentiments de ces dernières et l'action s'expriment musicalement par les morceaux originaux. Tout d'abord, par le biais d'un thème principal lancé dès le générique ("Going To Mexico") et illustrant pertinemment l'immensité des espaces américains, ici théâtre d'une fuite vers l'inconnu mais aussi, comme dans tout bon road-movie qui se respecte, d'une quête de soi. Ce morceau introduit les principaux ingrédients de la partition: la guitare de Pete Haycock, l'harmonica, la batterie et les claviers, soit une instrumentation attendue pour un road-movie moderne mais dont l'efficacité ne se dément ni face aux images, ni en écoute autonome.

Hans ZimmerEn à peine 35 minutes, Hans Zimmer est parvenu à cerner tous les aspects du film ainsi que la psychologie des personnages avec concision. Car si le thème principal colle à la peau de Thelma et Louise, on trouve également du blues ("JD" ou la deuxième moitié de "Louise's Theme"), des synthétiseurs quelque peu dissonants (le matériel lié au FBI), sans oublier LE climax musical: "Chase/You've always been crazy", entendu lors de la spectaculaire pousuite finale. Les claviers prennent une tournure quasi orchestrale, la guitare s'emballe tout en restant mélodique, les percussions sont au taquet tandis qu'un violon électrique monte en crescendo pour ne plus s'arrêter (on appelle ça un pétage de plomb super jouissif!). Ce tour de force musical, qui pose les bases de ce qui sera la structure des morceaux d'action du futur studio Media Ventures/Remote Control, précède l'ultime audition du thème ("Thelma & Louise/End Credits"), agrémenté d'une chorale gospel du plus bel effet, pour ce qui est une habile transcription d'un destin scellé pour une liberté inaltérable.

On pourrait discerter longtemps sur la musique de Hans Zimmer mais à courte musique, courte chronique. THELMA & LOUISE possède encore sa fraîcheur et sa simplicité originelles et son auteur avait parfaitement compris que les recettes les plus simples peuvent être celles qui fonctionnent le mieux avec les images. Utilisant intelligemment son passé de musicien de pop/rock, il le mettait pleinement au service du cinéma, posant ainsi une nouvelle marche vers son actuelle réputation.

 

Raphaël Tchelebi