Batman_1La première collaboration entre Hans Zimmer et James Newton Howard sur BATMAN BEGINS s'était avérée très décevante en ce sens que le second ne faisait que de la figuration, la musique ayant été signée en majeur partie par Zimmer et son équipe. On pouvait en outre déplorer le peu d'efforts de caractérisation envers le personnage de Batman résumé à un simple motif de 2 notes ainsi qu'une lourdeur trop souvent entendue dans les productions Remote Control. Fort heureusement, THE DARK KNIGHT gomme les lourds défauts de la première musique: d'une part, James Newton Howard trouve un terrain d'expression plus important ce qui a pour conséquence de mieux accréditer l'idée de collaboration et, d'autre part, la structure musicale est beaucoup plus probante, quand bien même elle se situe dans le même sillage que l'épisode précédent.

Il faut dire que le long-métrage de Christopher Nolan fait preuve d'une ambition énorme lorsqu'on le replace dans le contexte des films dédiés aux super-héros. Le cinéaste imprime la pellicule d'un pessimisme et d'une noirceur rendant pleinement justice aux personnages de Bob Kane: le film ne se focalise pas temps sur la schizophrénie de Bruce Wayne/Batman que sur l'anarchie instaurée par un Joker superbement incarné par Heath Ledger (il ne joue pas le Joker, il EST le Joker) et l'idéalisme extrême d'un Harvey Dent qui paiera très cher ses valeurs morales (mention là aussi à la prestation tout en nuances de Aaron Eckhardt). Après une ouverture magistrale dans son filmage et son montage, Christopher Nolan emmène le spectateur vers les recoins les plus noirs de l'âme humaine où la frontière entre le Bien et le Mal n'existe plus. Alternant moments d'accalmie permettant à un casting excellent de donner la pleine expression de lui-même et scènes d'action spectaculaires mais lisibles, le réalisateur hisse son long-métrage très haut, surpassant ainsi sa première lecture du justicier de Gotham, et il est cette fois suivi par ses deux compositeurs qui font cette fois-ci preuve d'une collaboration plus marquée que sur le précédent opus. Musicalement, Hans Zimmer a choisi de s'occuper du Joker tandis que James Newton Howard a caractérisé Harvey Dent.

zimmer_barL'ouverture du film qui correspond également à celle de l'album donne ainsi à entendre une série de sons tous plus étranges les uns que les autres, la participation de Mel Wesson au sound design étant ici une donnée essentielle de l'équation. Le dangeureux clown prône l'anarchie et le chaos et c'est ce qu'a réussi à rendre Hans Zimmer; les plus réfractaires diront que l'on a plus à faire à du bruitage qu'à de la musique et s'ils ont en parti raison, force est de reconnaître que l'approche du musicien allemand traduit à la perfection les intentions premières de Christopher Nolan: il faut décrire le désordre, la non structure; à ce titre, le refus de toute ligne mélodique, de tout assemblage logique de notes et d'accords est dans ce cas parfaitement justifié, de même que le fait de recourir au sound design de manière telle que l'on ne sache pas ce qui est bruitage et ce qui est musique. De son côté, James Newton Howard a utilisé une série de plusieurs motifs pour cordes et bois pour dépeindre Harvey Dent, ménageant même une courte mais agréable envolée de cuivres pour traduire l'idéalisme moral du personnage. Mais à mesure que ce dernier se fait plus ambigu, les textures électro-acoustiques de Hans Zimmer viennent volontairement parasiter les esquisses lyriques tracées par son confrère. On a ici l'exemple le plus probant de la collaboration entre les deux musiciens. A l'inverse, la structure harmonique de James Newton Howard vient régulièrement soutenir les motifs de Hans Zimmer dont celui de Batman dont les occurences sont savamment dosées, quand bien même le style propre de ce dernier est le plus identifiable, notamment dans les plages d'action, directement héritées de BLACK RAIN.

howard_barL'album édité par Warner Bros propose environ 74 minutes de musique. Hans Zimmer et James Newton Howard ont volontairement omis la chronologie du film pour assembler leurs morceaux sous forme de longues suites permettant un développement structuré des différents aspects de la partition. Intelligemment construit, le cd enterre celui de BATMAN BEGINS qui ne faisait que confirmer l'idée d'une musique extrêmement ennuyeuse à écouter. Malgré la longueur et la nécessité de plusieurs écoutes attentives pour en saisir toute la richesse sonore, l'album de THE DARK KNIGHT est le témoignage de la création d'un univers musical propre au long-métrage de Christopher Nolan, ce qui n'est pas rien à l'heure où beaucoup de musiques actuelles, notamment une trop grande majorité de celles sortant du studio Remote Control, sont interchangeables. L'absence de mélodie clairement identifiable et la fusion entre le sound design et la musique pure rebuteront un grand nombre d'auditeurs et ce n'est qu'à condition d'accepter les partis pris musicaux du cinéaste et des musiciens que la musique dans le film et sur l'album pourra être pleinement appréciée. A partir de ce moment, l'auditeur sera entraîné dans un univers sonore dont la noirceur n'a d'égal que la singularité.

Raphaël Tchelebi

English Version:

The first collaboration between Hans Zimmer and James Newton Howard on BATMAN BEGINS had been very disappointing in the sense that Howard was only a figure, music having been signed in major part by Zimmer and his team. What have been missing was the lack of efforts to characterize Batman who was  summarized in a simple pattern of 2 notes and a burden too often heard in the Remote Control productions represented an other weakness. Fortunately, THE DARK KNIGHT corrects the heavy defects of the first music: on the one hand, James Newton Howard is in a field of expression more important and thus more credit can be given to the idea of collaboration and, on the other hand, the musical structure is much more elaborated, even though it lies in the same footsteps as the previous episode.

zimmer_jnh_barIt must be said that the movie by Christopher Nolan shows a huge ambition when replaced in the context of films dedicated to super-heroes. The director prints of the film of huge pessimism and darkness rendering full justice to the characters created by Bob Kane: this time, the film focuses not on Bruce Wayne/Batman schozophrenia but on the anarchy created by the Joker, superbly embodied by Heath Ledger (he does not play the Joker, he IS the Joker) and the extreme idealism of a Harvey Dent who will pay its moral values at a high cost (mention has to be given to the nuanced performance of Aaron Eckhardt). After a masterful opening in his filming and editing, Christopher Nolan takes the viewer into the darkest recesses of the human soul where the border between Good and Evil no longer exists. Alternating moments of calm allowing an excellent cast to give full expression of himself and spectacular but clear action sequences, the director hoists his feature film very high, surpassing its first reading of the Gotham Knight, and is this time followed by his two composers whose collaboration is more clear than in the previous opus. Musically, Hans Zimmer has chosen to deal with the Joker, while James Newton Howard has characterized Harvey Dent.

The film opening , which also corresponds to that of the album gives to hear a series of very strange sounds, the participation of Mel Wesson's sound design here being an essential element of the equation. The dangerous clown represents anarchy and chaos and this is what Hans Zimmer intented to do musically; most refractory people will say this representaion of the Joker has more to deal with sound design than music proper and they are partially true. But it must be recognized that the approach of the german musician brought to perfection the first intentions of Christopher Nolan: disorder must be described; so, the refusal of any melodic line, any logical assembly of notes and chords is, in this case, perfectly justified, even if the listener doesn't know what is sound and what is music. Meanwhile, James Newton Howard has used a series of several motives for strings and woodwinds to portray Harvey Dent, even allowing a short but pleasant moment for soaring brass to reflect the idealism of the character. But as he becomes more and more ambiguous, the electro-acoustic textures of Hans Zimmer come voluntarily to parasitize the lyrical sketches drawn by his colleague. It is here the best evidence of the collaboration between the two musicians. By contrast, the harmonic structure of James Newton Howard regularly supports the motives of Hans Zimmer, including that of Batman whose occurrences are skilfully measured. Nevertheless, the style of Zimmer is the most identifiable, especially in the action sequences, which come directly from BLACK RAIN.

dark_knightThe album released by Warner Bros. offers approximately 74 minutes of music. Hans Zimmer and James Newton Howard had deliberately omitted the chronology of the film to assemble their pieces in the form of long suites, allowing a structured development of the score's various aspects. Intelligently built, the cd bury the one of BATMAN BEGINS, which merely confirmed the idea of a music extremely boring to listen. Despite the length and the need of attentive listenings to grasp the richness of sound, the album from THE DARK KNIGHT is the testimony of the creation of a musical universe especially done for Christopher Nolan's feature film, in a context where a large number of film scores, including a vast majority done by the Remote Control studios, are interchangeable. The lack of clearly identifiable melody and the fusion of sound design and music will not appeal to a large number of listeners and the only condition to appreciate the score is to accept Christopher Nolan's musical intentions. From that moment, the listener will be dragged into a universe whose darkness is rivaled only by singularity.

Raphaël Tchelebi